UEH Menu

Université d'État d'Haïti

Savoir pour Servir

Lancement officiel des conférences magistrales du RUEH

ARTICLE
Lancement officiel des conférences magistrales du RUEH
Le jeudi 19 mars 2026 s’est tenu, en mode hybride, le lancement officiel des conférences magistrales du RUEH. Il s’agit d’une initiative du RUEH visant à organiser une série de conférences périodiques portant sur des thématiques variées. Elle consiste à réunir toutes les composantes de la vie intellectuelle de l’université au sein d’un espace de communication, de connaissance et d’échanges autour de questions cruciales. C’est le professeur J. Waddimir Gustinvil, Directeur de la recherche au RUEH, qui a assumé la maîtrise de cérémonie, et le professeur haïtien-canadien Jean-Jacques Rousseau qui a prononcé la conférence inaugurale intitulée « L’IA au service d’Haïti : le chapitre manquant ».

Le professeur L. Rodrigue Thomas, Secrétaire général du RUEH, a porté la parole du Recteur Dieuseul Prédélus de l’UEH, absent pour la circonstance. Celui-ci a réitéré l’engagement du Rectorat à s’imposer comme un « pilier du savoir, de la réflexion critique et de la production intellectuelle ». À ce titre, les « Conférences magistrales du RUEH » se veulent constituer « un espace de rencontre entre la pensée et les enjeux du réel ». Cette conférence inaugurale aborde la question de l’usage de l’intelligence artificielle, dont l’impact sur notre époque est considérable, compte tenu des nombreuses mutations qu’elle provoque. La communauté universitaire ne peut que s’interroger sur la place d’Haïti au sein de cette dynamique. Tels sont les propos du recteur, qui a témoigné sa gratitude au conférencier et au public réuni pour l’occasion.

Le Dr Jose Karly Danove Dieufort, Directeur de la vie étudiante du RUEH et membre du comité responsable des conférences, a présenté l’ensemble des objectifs poursuivis. Il s’agit de créer un cadre de débats et de réflexions sur des problématiques structurelles ayant des enjeux politiques, géopolitiques, économiques, sociaux, éducatifs, culturels, artistiques, écologiques, technologiques, entre autres. Apportant des précisions sur les modalités de sélection des conférenciers, le Dr Dieufort a mis l’accent sur l’intention primordiale de l’initiative : créer un cadre d’échanges respectueux d’une éthique rigoureuse, axé sur la culture universitaire, la probité intellectuelle et la valorisation de l’expertise.

Après avoir brossé succinctement le profil du conférencier, le Dr Gustinvil lui a cédé la parole. D’emblée, le professeur Rousseau a rétabli le contexte d’où est issue la formulation de sa conférence : « L’IA au service d’Haïti : le chapitre manquant ». Il avait, en effet, offert son expertise à l’État haïtien auprès du ministère de l’Économie et des Finances, et rencontré des responsables aux plus hauts niveaux de l’État autour des enjeux majeurs du développement économique du pays. L’idée du « chapitre manquant » constitue une allégorie constatant le défi technologique majeur auquel Haïti est confronté, notamment en matière d’utilisation de l’IA.

Les mutations technologiques comportent, selon lui, des avantages dont Haïti n’a pas encore pleinement tiré profit, à la différence de certains pays dits « émergents » d’Afrique ou d’Asie. Il s’agit de faire des innovations technologiques actuelles des voies de résorption des problèmes nationaux et des outils permettant de répondre aux besoins des différents secteurs d’activités. Il importe dès lors de s’interroger sur ce qui peut être fait avec et grâce à l’IA. Aucune technologie ne peut, certes, à elle seule transformer une société, a-t-il rappelé, sans son inscription dans une stratégie clairement définie et sans un horizon commun partagé. Cela suppose, entre autres conditions, la compréhension du système technologique en question, son appropriation par la formation, ainsi que le développement de capacités de mobilisation fiables.

Une fois ce cadrage établi, plutôt que de se concentrer sur l’intégration directe de l’IA dans le contexte haïtien, le conférencier a préféré s’intéresser à la nature du retard d’Haïti — de ses institutions et des différents secteurs de la vie collective — quant aux révolutions technologiques actuelles, et notamment celle de l’IA. Il s’est interrogé sur la manière d’adapter ces technologies au contexte haïtien « dans un monde où l’innovation devient de plus en plus difficilement accessible aux économies les moins avancées ». Comment les utiliser afin de faire face aux nouveaux défis ? D’où un regard porté sur trois axes principaux relatifs à l’IA : — la praxis bienveillante de l’IA ; — le défi que représente l’IA pour Haïti aujourd’hui ; — la mise en place d’une véritable politique nationale d’innovation intégrant l’IA dans les institutions collectives.

Les échanges se sont révélés particulièrement féconds, s’orientant notamment sur la question de l’enseignement. L’IA ne nous contraint-elle pas à redéfinir la figure de l’autorité intellectuelle dans l’enseignement supérieur (crise identitaire de l’enseignant, du chercheur) ? Peut-on recourir à l’IA sans se préoccuper de ses conséquences éventuelles sur les pratiques humaines en général ? N’entraîne-t-elle pas de nouvelles formes d’aliénation individuelle ? Ne contribue-t-elle pas au renforcement des inégalités numériques et technologiques ?

Face à ces interrogations, le conférencier s’est attaché à mettre en évidence les avantages d’un usage possible de l’IA dans le cadre universitaire haïtien, notamment : la préparation des cours, l’élaboration de contenus pédagogiques, la conception de modèles d’exercices, la rédaction de synthèses, la production et la révision de textes, ainsi que l’inspiration pour des secteurs d’activités. L’IA peut également aider à exploiter les ressources en ligne. Qu’est-ce qui empêche de développer une IA en créole haïtien ? La question a trouvé un écho chez plusieurs participants, qui ont suggéré de rendre visible, dans les débats internationaux, une expertise haïtienne — par exemple en matière de biodiversité — en la vulgarisant grâce à l’IA. Pourquoi ne pas envisager l’utilisation de l’IA pour élaborer des programmes de formation adaptés aux diasporas haïtiennes, et particulièrement à une jeunesse désireuse de connaître ses racines ? Pourquoi l’université ne s’intéresserait-elle pas à l’impact sur les jeunes cerveaux des images dégradantes relatives à Haïti diffusées sur les réseaux sociaux ? En définitive, ne serait-ce pas se nuire que de cultiver l’ignorance technologique ?

Le conférencier nous a invités à démystifier l’IA. Il a tenté d’établir une distinction entre comprendre la technologie et l’utiliser. Rien ne nous interdit d’organiser une formation destinée à saisir les usages et les risques de l’IA, à évaluer ses outils et à y conduire de la recherche ; mieux encore, à penser au plus haut point notre « souveraineté cognitive et pédagogique ». Sans minimiser les appréhensions que suscite toute innovation technologique, il s’agit de surmonter la peur et de combler les retards accumulés.

Sa réflexion sur la technologie s’inscrit dans le cadre d’un processus de modernisation des services offerts par les Haïtiens en général : « donner à l’IA sa forme haïtienne », a-t-il affirmé. Dans cette optique, il importe d’œuvrer à une appropriation nationale des technologies, notamment de l’IA, au lieu de vouer le pays à une dépendance technologique exclusive envers l’extérieur. Cela requiert la mise en place d’une politique concrète de formation, de recherche et d’innovation technologique, ainsi qu’une véritable conscience technologique nationale, inscrite dans une dynamique régionale, caribéenne, voire du Sud global.

Le public a su apprécier la justesse et le pragmatisme de cette conférence inaugurale, qui augure bien de l’aventure intellectuelle qui nous attend à travers les conférences magistrales du RUEH prévues pour cette année.

Créé le: Modifié le:

© Université d'Etat d'Haïti.

Termes et Conditions

Site en maintenance

Des erreurs peuvent survenir. Merci de votre compréhension.