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Savoir pour Servir

Allocution du Recteur de l’Université d’État d’Haïti, Dr Dieuseul PREDELUS, lors de la cérémonie d’ouverture de la Semaine de l’Industrie (1er octobre 2026)

Recteur Dieuseul Prédélus ARTICLE
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Allocution du Recteur de l’Université d’État d’Haïti, Dr Dieuseul PREDELUS, lors de la cérémonie d’ouverture de la Semaine de l’Industrie (1er octobre 2026)
C'est un honneur pour l'Université d'État d'Haïti d'être associée à cette Semaine de l'industrie. Je remercie le Ministère du Commerce et de l'Industrie de l'avoir voulue et d'avoir placé l'université au cœur de la réflexion.

Le thème retenu, Vers la redynamisation du secteur industriel haïtien, engage le pays tout entier. Il nous invite à trois éléments essentiels :

• Analyser avec lucidité les facteurs qui érodent notre industrie, • Rappeler pourquoi l’industrie haïtienne est indispensable, • Et dire ce que chacun est prêt à faire pour qu'elle se relève.

Je voudrais, au nom de l'Université d’État d’Haïti, y apporter quelques éléments.

Mesdames et Messieurs, il serait important de nommer les difficultés qui affaiblissent notre industrie avant de parler de redynamisation.

L'insécurité est la première de ces difficultés. Depuis plusieurs années, elle perturbe la circulation des personnes et des marchandises, désorganise l'approvisionnement en intrants et l'acheminement des produits finis. Elle contraint des entreprises à réduire leurs activités, à se délocaliser voire même fermer leurs portes notamment dans les zones industrielles de l'aire métropolitaine. Des emplois ont été perdus, et avec eux les revenus de milliers de familles.

Dans cette même veine, il faut souligner l’instabilité politique, le déficit énergétique, la faiblesse des infrastructures, la concurrence des importations, la dépendance structurelle pour ne citer que ceux-là.

À ces obstacles s'ajoute un manque dont l'université a sa part à porter : la rareté des ressources humaines qualifiées en ingénierie, en maintenance, en gestion de production, en qualité, en logistique industrielle. Trop de nos compétences ont, de surcroît, choisi de quitter le pays.

Une industrie sans ingénieurs, sans techniciens et sans cadres ne peut ni innover, ni se moderniser, ni durer.

Face à ce constat, une tentation existe : se résigner, ou se contenter de vivre de l'importation et de l'aide extérieure. L'histoire économique du monde nous enseigne le contraire.

Aucun pays n'est sorti durablement de la pauvreté sans être capable de produire des biens à plus forte valeur ajoutée et de diversifier ses exportations. L'industrie crée des emplois formels et mieux rémunérés. Elle absorbe une partie de l'exode rural et de la jeunesse. Elle stimule l'agriculture, qui devient fournisseur de l'agro-industrie, ainsi que les services, la recherche, la formation et l'innovation technique. Elle améliore la balance commerciale en proposant des produits nationaux à la place des importations coûteuses. Elle élargit enfin l'assiette fiscale et donne à l'État les moyens de financer l'éducation, la santé et les infrastructures.

Pour Haïti, l'enjeu est aussi de souveraineté. Un pays qui importe l'essentiel de ce qu'il consomme, et dont l'alimentation, les matériaux de construction, les médicaments et les biens courants dépendent des marchés extérieurs, est un pays vulnérable aux crises mondiales, aux variations de prix et aux ruptures d'approvisionnement.

Nous avons pourtant des atouts : une population jeune, une diaspora dynamique, une position géographique proche de grands marchés, un potentiel réel pour développer l'agro-transformation, investir dans la préparation des matériaux de construction et l'artisanat industrialisé, sans oublier les énergies renouvelables, l'économie de la mer et les technologies. Il nous faut la volonté collective, la stabilité, les investissements et les compétences pour transformer ce potentiel en production.

Dans ce contexte, j'en profite pour lancer un appel à l’État Haïtien en vue de mettre en place une politique publique industrielle pouvant véritablement accompagner le secteur privé afin d’atteindre ces objectifs.

Mesdames et Messieurs, l'Université d'État d'Haïti est la plus ancienne et la plus grande institution d'enseignement supérieur du pays. Elle a formé, au fil des décennies, une part considérable des cadres de la Nation. Elle traverse elle-même de lourdes épreuves mais elle n'a pas renoncé à sa mission. Je vous le dis avec conviction : l'UEH est prête à préparer les ingénieurs, les techniciens, les professionnels et les cadres dont l'industrie d'Haïti a besoin.

Nos laboratoires peuvent apporter leur contribution à la valorisation des ressources locales, au contrôle de la qualité, à la normalisation, à l'innovation technique et à l'élaboration de données fiables sur le secteur productif. Une industrie moderne s'appuie sur la connaissance. Nous proposons de mettre notre expertise au service des entreprises.

Nous souhaitons des conventions de partenariat avec le Ministère du Commerce et de l'Industrie, les associations patronales et les entreprises, pour organiser des stages, associer des professionnels à nos enseignements, ajuster les programmes et offrir des formations continues aux besoins des industries. Nous proposons également la création d'un cadre permanent de concertation université-industrie-État, afin que l'offre de formation et la demande de compétences se rencontrent.

Pour tenir cette promesse, l'UEH a besoin de moyens. Elle a besoin d'équipements de laboratoires et d'ateliers, d'infrastructures sécurisées, d'un corps professoral soutenu et d'un financement à la hauteur de ses missions. J'invite l'État, les partenaires techniques et financiers et le secteur privé à voir dans l'UEH un partenaire stratégique et non un simple bénéficiaire. Investir dans l'université, c'est investir dans l'industrie de demain.

Mesdames et Messieurs, la redynamisation du secteur industriel haïtien ne se décrétera pas. Elle se construira, usine après usine, filière après filière, compétence après compétence. Elle demande la sécurité, l'énergie, le crédit, des politiques publiques cohérentes, l'audace des entrepreneurs et, au fondement de tout cela, des femmes et des hommes formés, compétents et engagés.

Je souhaite plein succès à cette Semaine de l'industrie et je forme le vœu que ses travaux débouchent sur des engagements concrets et durables.

Je vous remercie.

1er octobre 2026

Dr Dieuseul PREDELUS

Recteur de l'UEH

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