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« Traduire la pensée haïtienne en anglais : pourquoi et comment ? » : une conférence magistrale de la Dre Nadève Ménard

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« Traduire la pensée haïtienne en anglais : pourquoi et comment ? » : une conférence magistrale de la Dre Nadève Ménard
Le jeudi 22 octobre 2026, le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti (RUEH) a lancé la nouvelle saison de ses Conférences magistrales avec une séance hybride sur le thème : « Traduire la pensée haïtienne en anglais : pourquoi et comment ? ». Dre Nadève Ménard était l’intervenante principale et Mme Darline Alexis modérait les échanges

En ouverture, le Dr Darnove, directeur de la Vie étudiante au RUEH, a remercié le public pour sa fidélité et rappelé la vocation de ces rencontres : nourrir la réflexion scientifique et le débat public. Le thème du jour, a-t-il précisé, touche à notre identité et au rayonnement de la pensée haïtienne : il s’agit d’affirmer la place de nos productions intellectuelles et artistiques dans le dialogue universel. Il a conclu en réitérant la confiance du RUEH envers la communauté universitaire et sa volonté de rendre pérenne cette initiative.

Mme Alexis, la modératrice, a présenté Dre Ménard, enseignante au département de Lettres modernes de l’ENS/UEH, saluant sa riche bibliographie nationale et internationale et son expertise en traduction de l’anglais et des langues officielles d’Haïti. Puis, elle lui a cédé la parole.

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Dre Ménard a d’abord annoncé la parution prochaine, en Angleterre, de son ouvrage EnduringMyths: Scholars and Stories about Haiti , dont l’introduction révèle le mythe de « l’absence des chercheur.re.s haïtien.ne.s basé.e.s en Haïti ». Son constat est saisissant : les travaux publiés en Haïti sont rarement cités par les chercheurs étrangers qui étudient la littérature haïtienne, notamment aux États-Unis. Pour le démontrer, elle s’est appuyée sur des données statistiques relatives à la citation et la reconnaissance internationale des œuvres haïtiennes disponibles en anglais. Son idée force consiste à montrer que la traduction en anglais de la production intellectuelle et littéraire haïtienne pourrait contribuer à résorber le problème d’invisibilité dont elle fait l’objet. En d’autres termes, elle est susceptible de faciliter une plus large circulation et citation des œuvres. Evidemment, certaines questions restent toujours posées : par exemple, la traduction des œuvres en anglais ne risque-t-elle pas de renforcer la domination de cette langue dans le milieu académique ? Ne faudrait-il pas exhorter les chercheurs étrangers travaillant sur Haïti à apprendre le français ou le créole ?

S’appuyant sur sa traduction de trois textes historiques (Le fondateur devant l’Histoire de St-Victor Jean-Baptiste, Haïti aux Haïtiens de Louis-Joseph Janvier, Mémoires pour servir à l’histoire d’Hayti de Boisrond Tonnerre) et d’un texte littéraire Si je contais ma ville de Chantal Kénol, Dre Ménard a mis en évidence plusieurs défis majeurs du métier de traducteur. Celui-ci doit pouvoir choisir un registre qui ne compromet ni la fidélité au texte-source, ni l’accessibilité au lecteur du texte traduit. Il doit, en outre, se confronter à la question du financement de son travail et trouver une presse intéressée à sa publication. Le problème est que Haiti ne dispose pas d’un fonds national pouvant encourager de tels travaux. Cela limite sérieusement l’horizon du traducteur en matière de choix de textes à traduire. Dre Ménard en a profité pour déplorer l’invisibilité des écrivaines haïtiennes, peu considérées par la critique, hormis les plus célèbres.

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Selon elle, il est nécessaire de traduire les œuvres haïtiennes si l’on veut vraiment se tailler une place attrayante dans les échanges internationaux sur Haïti. Il s’agit d’assurer la meilleure visibilité des productions locales dans un monde académique dominé par l’anglais. A ce titre, le renforcement de la visibilité du créole et du français est un passage obligé si l’on entend freiner la circulation monolingue des textes.

Le public très satisfait n’a pas ménagé ses questions durant les échanges avec Dre Ménard. Peut-on traduire un poème sans lui faire perdre sa substance sémantique ? Le métier de traducteur n’est-il pas menacé avec l’utilisation des applications numériques pour la traduction ? Quelle transformation le travail de traduction apporte-il au traducteur en termes d’inspiration ou de sensibilité ? Telles sont parmi d’autres des questions qui ont été soulevées dans cette conférence.

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